Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'accordéon et le jazz ont toujours vécu une histoire d'amour très "je t'aime, moi non plus" ! Alors que les accordéonistes s'inspirent depuis longtemps des rythmes afro-américains, le jazz, qui fut pourtant lui-même victime du racisme du mieux-disant culturel, snobe cet instrument peut-être trop populaire...
Il semblerait que la plus ancienne référence à un jazz pratiqué à l'accordéon se trouve dans les Mémoires de Jelly Roll Morton, qui signale un orchestre d'accordéons dirigé par Ben Peyton, batteur de La Nouvelle-Orléans, à la fin du siècle dernier. En outre, de nombreux accordéonistes se lancent dans la mode du ragtime (Pietro et Guido Deiro en sont les exemples les plus connus).
Timidement, certains vont réussir à mener une carrière de musiciens de studios, et même à se produire dans des orchestres aussi prestigieux que ceux de Duke Ellington ou Jimmy Dorsey. Parmi eux, citons Charlie Magnante, Buster Ira Moten et Joe "Cornell" Smelser. Dans la génération suivante, Joe Mooney réussira à se faire une certaine réputation, qui lui permettra de se produire sur scène avec le grand Stan Getz. Mais aucun de ces artistes ne réussit à marquer un tant soit peu l'histoire du jazz...
En 1940, l'accordéon trouve enfin son représentant : Art Van Damme, grâce à une technique hors du commun et un vrai style, va réussir à se faire un nom et à tourner avec sa propre formation. Son quintette (Charles "Chuck" Calzaretta (vibraphone et deuxième accordéon), Fred Runquist (guitare), Lewis "Lou" Skalinder (contrebasse) et Max Mariash (batterie)) se produit dans tous les Etats-Unis et est régulièrement invîté dans le monde entier.
D'autres accordéonistes vont emprunter le même chemin : Tommy Gumina, Frank Marocco et Kenny Kotwitz sont aujourd'hui considérés comme de vrais musiciens de jazz.
Pourtant, c'est peut-être en France que l'accordéon et le jazz vont réellement se rencontrer. Les précurseurs en sont Gus Viseur (qui intègre le Hot Club de France), Tony Murena et Joss Baselli (qui enregistre plusieurs disques de jazz aux Etats-Unis). Marcel Azzola, après s'être fait un nom en accompagnant Jacques Brel, et en enregistrant de nombreux disques aussi bien musettes que de transcriptions d'oeuvres classiques, a tourné la page en se produisant et en enregistrant avec des musiciens aussi talentueux que le guitariste Marc Fosset et le contrebassiste Patrice Caratini.
Mais celui qui va réellement sceller l'union des deux est bien-sûr Richard Galliano, musicien extraordinaire. Sa rencontre avec le bandonéoniste Astor Piazzolla lui ouvre la voie d'un nouveau style : le New Musette, style hybride du jazz et de la java, dans lequel vont également s'embarquer des grands du jazz comme Ron Carter, Jean-Charles Capon, Didier Lockwood, Toots Thielemans et Michel Portal. Grâce à lui, il sera à présent impossible de dire, tel ce critique cité dans l'ouvrage Histoires de l'Accordéon : "L'accordéon est décidément un instrument inapte au jazz...".
Richard Galliano a ouvert une nouvelle voie à l'accordéon. De nombreux jeunes semblent vouloir le suivre : David Venitucci, Didier Ithusarry ...